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    Santé mentale : 7 séries qui en parlent avec succès
    Thomas Desroches
    Thomas Desroches
    -Journaliste
    Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma engagé, extrême, horrifique, les documentaires et partage sa passion sur le podcast d'AlloCiné.

    Question représentation, les séries ont pris de l'avance sur le cinéma, notamment sur le traitement des troubles psychiques à l'écran. Retour sur sept fictions qui échappent aux stéréotypes.

    HBO/Netflix/HBO

    On pourrait presque parler d'une révolution. Depuis plusieurs annés, le monde des séries prend le pas sur le cinéma en matière de représentation. Les minorités (quelles qu'elles soient) sortent de l'ombre, les personnages féminins se débarassent peu à peu de leurs stéréotypes et les troubles psychiques sont enfin abordés, dans les séries adolescentes, comme dans les séries pour adultes. Les producteurs et les scénaristes l'ont bien compris, ce traitement des sujets tabous, comme la santé mentale, est important tant il permet aux téléspectateurs de s'identifier et de se reconnaître à travers les protagonistes. Pourtant, rien n'est gagné. Dans une enquête réalisée en mai 2019 par l'USC Annenberg, une école de journalisme en Californie du Sud, seuls 7% des personnages à la télévision sont aux prises avec des problèmes de santé mentale. Au cinéma, ils seraient seulement 1,7%. 

    À travers leurs programmes phares, les grandes chaînes souhaitent normaliser le sujet pour encourager le dialogue. C'est le cas de HBO qui diffusera un message de sensibilitation sur les troubles psychiques avant le début de quelques séries, comme Les Soprano ou Euphoria. D'autres fictions sont, quant à elles, souvent pointées du doigt pour leur représentation sur la question, comme le phénomène 13 Reasons Why qui a tendance à miser gros sur son aéropage de séquences sensationalistes. En juillet 2019, l'une des scènes phares de la première saison, celle du suicide d'une lycéenne (Katherine Langford), a d'ailleurs été coupée au montage et ce, deux ans après sa sortie. Tout au contraire, certaines fictions parviennent à traiter le sujet des troubles psychiques avec justesse. Focus sur sept d'entre elles : 

    Crazy Ex-Girlfriend 

    Ne vous fiez pas à son titre, ni aux quelques lignes de son synopsis, Crazy Ex-Girlfriend utilise les codes des comédies romantiques pour mieux les détourner. La série suit Rebecca, une brillante avocate, qui quitte son cabinet situé à New York pour s'installer dans une petite banlieue californienne dans l'espoir de renouer avec son amour de jeunesse. Rachel Bloom, qui multiplie les casquettes sur cette série - elle en est la cocréatrice, scénariste et actrice -, parle de la dépression sans complexe et relate tout un processus thérapeutique, du dénie à l'évitement, avant d'aborder l'acceptation de soi.

    Audacieuse et intelligemment écrite, Crazy Ex-Girlfriend retrace le parcours psychologique de l'héroïne en profondeur mais non sans humour. La série se transforme en comédie musicale pour faire passer des messages importants avec des chansons, comme en témoigne le titre "Anti-Depressants Are So Not a Big Deal", issu de la saison 4 :

    Mental

    Diffusée sur FranceTV Slash, la série Mental nous ouvre les portes du service pedosychiatrique des Primevères pour présenter quatre personnages que tout oppose : Marvin (Constantin Vidal), Simon (Louis Peres), Estelle (Lauréna Thellier) et Mélodie (Alicia Hava). Chacun fait face à ses propres difficultés et doit trouver le chemin qui le mènera vers la rémission. Bipolarité, trouble de l'attachement, impulsivité... Mental s'intéresse aux troubles psychiques durant une période difficille, celle de l'adolescence, où l'incertitude et les complexes font la loi. 

    Comme la série SKAM, également diffusée sur FranceTV Slash, Mental parvient à aborder ces sujets difficiles et à toucher les jeunes avec une grande justesse, notamment grâce à ses personnages attachants et ses dialogues réalistes, loin des caricatures typiques des programmes pour ados. Contrairement à 13 Reasons Why, le feuilleton réussit à saisir son audience et effleurer la noirceur de la vie sans pour autant tomber dans le pathos.

    Jean-Philippe Baltev/FTV

    Big Mouth

    Série animée mais absolument pas destinée aux enfants, Big Mouth de Nick Kroll, Andrew Goldberg, Mark Levin et Jennifer Flackett raconte le quotidien d'un groupe d'adolescents durant la puberté. La série, à l'image de son titre ("Grande Gueule" en français), ne lésine pas sur la vulgarité et la transgression pour parler de la sexualité des jeunes, des discriminations et de la dépression. C'est sous cet angle que Big Mouth devient particulièrement intéressant. Ici, la part d'ombre des personnages est représentée sous la forme de créatures pour mieux personnifier leurs sentiments.

    Il y a le Chat de la Dépression ("Depression Kitty" en anglais), ce gros félin violet qui incarne la part d'ombre de Jessi Glaser (Jessi Klein), ou encore le Sorcier de la Honte ("The Shame Wizard" en anglais, doublé par David Thewlis), qui symbolise les hontes inavouées des protagonistes. À la fois hilarante et extrêmement juste dans sa description des troubles psychiques, Big Mouth est à ne manquer sous aucun prétexte.

    Netflix

    Girls

    Créée par Lena Dunham en 2012, Girls s'intéresse aux tribulations d'un groupe d'amies âgées d'une vingtaine d'années. La série est un succès grâce aux portraits authentiques de ses personnages féminins qui, à mille lieux des codes de la série américaine, montrent leurs formes et parlent de sexualité avec une grande liberté. Mais c'est avec son héroïne, Hannah Vorvath (interprétée par Lena Dunham, qui est également la créatrice du programme), que Girls parvient à parler de la santé mentale avec beaucoup de réalisme. La jeune femme est atteinte de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), ces comportements répétitifs souvent liés à l'anxiété. 

    On pense bien sûr à cette scène, présente dans la saison 2, où le personnage se nettoie les oreilles avec un coton-tige de façon obsessive. Une scène plutôt banale sur le papier mais qui devient très inconfortable et douloureuse pour les téléspectateurs tant elle parvient parfaitement à retranscrire la violence de ces crises. 

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    Euphoria

    Phénomène de l'été, la nouvelle série de HBO, Euphoria, a beaucoup fait parler d'elle pour sa représentation chaotique et crue des millenials, sa mise en scène virtuose et sa révélation : Zendaya, excellente dans la peau d'une écorchée vive. L'actrice incarne Rue, une jeune addict qui, de retour après un séjour en centre de désintoxication, se lie d'amitié avec une lycéenne transgenre du nom de Jules (Hunter Schafer). La série, inspirée d'un feuilleton israëlien, aborde brillamment la santé mentale à travers son héroïne principale. 

    Dans Euphoria, Rue (Zendaya) plonge dans la drogue pour enfouir ses nombreux troubles mais son personnage échappe aux stéréotypes des autres films et séries sur le sujet. Oubliez les antagonistes dangereux aux fantasmes criminels, la lycéenne est ici traitée avec beaucoup d'empathie et de délicatesse. Le créateur de la série Sam Levinson, qui a puisé dans sa propre expérience pour adapter le feuilleton, parvient correctement à retranscrire les conséquences des troubles et de la dépendance sur une personne et son entourage familial.

    HBO

    BoJack Horseman

    Ancienne gloire d'une célèbre sitcom des années 90, intitulée Horsin' Around, BoJack ne parvient pas à se débarasser de ses idées noires. Et ses amis, sa jolie maison à Hollywood et son argent n'y feront rien. Pour sa série, le créateur Raphael Bob-Waksberg choisit un héros avec une tête de cheval pour mieux étaler sur la table nos démons intérieurs. 

    Le personnage de BoJack Horseman (doublé par Will Arnett en version originale) traduit parfaitement les nombreuses caractéristiques de la dépression sans tomber dans la facilité. L'ex-star du petit écran n'a envie de rien; il ne peut pas s'empêcher d'être antipathique avec les autres et passe son temps à se dévaloriser, comme en témoigne l'excellente scène du monologue interne de la saison 4 qui commence par ces premiers mots : "Stupid piece of shit" ("Stupide sac à merde" en français). Malgré ce comportement destructeur, BoJack reste un anti-héros profondemment attachant et c'est peut-être l'une des plus grandes forces de la série. 

    Netflix

    Shameless (US)

    Adapté d'une série britannique du même nom, Shameless s'intéresse au parcours mouvementé des Gallagher, une famille chaotique dans laquelle Fiona (Emmy Rossum), l'aînée de la tribu, se doit d'élever ses frères et sa sœur. Bien que le feuilleton, qui pourrait se poursuivre avec une onzième saison, aborde de nombreux sujets importants, comme l'homosexualité ou l'alcoolisme, elle réussit également à mettre en lumière la santé mentale à travers ses personnages.

    C'est le cas de Monica (Chloe Webb) et Ian (Cameron Monaghan), tous les deux sujets à des troubles bipolaires durant les différentes saisons de la série. Comment oublier cette scène bouleversante dans la saison 2 où la joie d'un repas de Thanksgiving est interrompue par la tentative de suicide de la mère. Il y a également le personnage de la voisine, Sheila Jackson (interprétée par la formidable Joan Cusack), agoraphobe et rongée par ses TOC qui l'empêche de quitter sa maison. Grâce aux thérapies et à un traitement efficace, elle finit par prendre le dessus sur ses obsessions. Un message important qui prouve que la cicatrisation de ces angoisses est à la portée de tous. 

    Warner Bros.
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